Année A : dimanche de la 18e semaine ordinaire
Mt 14, 13-21 : faire de sa maison le Ciel
Que peut bien signifier « faire de sa maison le Ciel » demandait dans une catéchèse saint Jean Crysostome ? Il donnait cette réponse. Ce n’est certainement pas en rafraichissant les murs, en déplaçant quelques meubles, mais en invitant à sa table un affamé, dénommé Jésus. J’avais faim, et vous m’avez donné à manger (Mt 25, 35).
Jésus est un grand affamé. Il nous a tellement aimé les premiers (1 Jn 4, 19) qu’il a été critiqué pour privilégier la table de la fraternité plutôt que celle de la loi. Jésus, au grand dam des notables religieux, est un affamé de proximité, de compassion, de communion avec toutes sortes de gens. Il s’assoit sans hésiter à la table de Zachée, de Lévi. Plutôt que de leur faire un discours moralisateur, sa présence à leur table est invitation à vivre autrement.
J’en ai la certitude, écrivait Paul aux Romains (8, 39), rien ne peut éloigner Jésus de nous. Rien ne peut nous priver de son amour. En mangeant sans manifester du dédain de ce qu’on lui offre, en rencontrant et saluant les personnes de mauvaise réputation, Jésus nous « punit » en nous aimant davantage. C’est son chemin pour annoncer une terre fraternelle qu’il nomme son royaume.
La beauté de sa magnifique humanité « enseigne » la possibilité de devenir meilleur. Chaque fois que Jésus s’arrête pour se nourrir des gens à côté du chemin, un renversement des cœurs se produit. Zachée a donné la moitié de ces biens. Lévi est devenu apôtre.
Quand on accueille Jésus, quand on s’émerveille de sa capacité de nous écouter, de sa faim de se faire ami avec nous, avec des criminels, Jésus sème dans nos vies des pousses pour une table fraternelle. En sa présence, nous cessons, pour un temps, de tirer la ficelle des discussions à notre avantage. Nous cessons de nous engueuler. Nous cessons de construire des murs entre purs et impurs. La joie éclate.
Avant de demander à ses disciples, donnez-leur à vous-mêmes à manger, Jésus les a survitaminé par une véritable nourriture qu’est sa parole et sa vie.
Pour nourrir une foule, Jésus mandate ses disciples à la nourrir d’une vie transformée comme eux le sont par sa présence en eux. Il leur demande de resplendir comme lui d’une magnifique humanité, entièrement tourné vers les autres comme le tournesol vers le soleil. Il les envoie être ce qu’il est, vivre sans bâtir des murs de religion, de culture, de race. Bref, d’oser la fraternité.
Donnez-leur ce que vous êtes. Donne-leur à manger ce que vous mangez. Donnez-leur à goûter ce que vous goûtez. Laissez-vous manger comme moi. Soyez du bon pain. Régalez les gens de bonnes choses. Faites alliance avec eux (Is 55,3) en les écoutant, en leur manifestant votre compassion. Il envoie ses disciples rassasier (les gens) parce que vous voici rassasiés (Ps). Faites de vos vies une eucharistie. Telle est le sens de sa demande, donnez-leur à manger. Il envoie ses disciples être son corps, sa présence. C’est plus exigeant que de dire le corps du Christ.
À votre contemplation : plus je suis en relation avec Jésus, plus je me nourris de sa présence, plus je fais de ma maison le ciel, plus je donne à manger une nourriture vitaminée. Dans cette demande, donnez-leur à manger se cache l’extraordinaire originalité du christianisme (Guillaume Jedrzejclak) tant nous devenons Lui. Mission impossible et pourtant nécessaire. Amen.

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