2026-A- ÉPIPHANIE
Mt 2, 1-12 : magnifique humanité.
Je commence par une observation. On cherche le roi des juifs. Les Mages qui ne connaissent pas les Écritures, mais qui sont capables de lire les signes de Dieu, découvrent dans ce rejeton de la tige de Jessé (Is 11,1) le « roi » qui vient de naître. Étonnant, ce rejeton terminera sa vie sur la croix. Jésus s'est consumé entièrement, comme une bougie, pour éclairer le peuple qui vivait sous le pouvoir des ténèbres (Chant Choan-Seng). Cela est à contempler longuement.
Dès sa naissance et jusqu’au terme de sa vie, Jésus est reconnu comme roi. Crèche et croix, deux lieux de gloire qui définissent le chemin emprunté Jésus. Deux lieux qui nous font découvrir que la lumière brille quand il fait noir. Voici que les ténèbres couvrent la terre, la nuée obscure couvre les peuples, mais sur toi apparaît la gloire.
Autre étonnement. Notre regard se porte sur les rois mages venant de l’Orient. Mais ne devrait-il pas plus tôt se porter sur l’enfant de la crèche, le vrai roi de ce jour, qui engendre une grande joie chez les savants Mages, mais qui trouble un autre roi, despote, Hérode qui craint de perdre son pouvoir de régner sur Israël ?
Les Mages ont vu dans les mots d’un père de l’Église, Jean Chrysologue, à nous couper le souffle : ils voient le ciel sur la terre et la terre dans le ciel. Ils voient l’Homme en Dieu et Dieu dans l’homme. Ils ont reconnu, eux païens, comme avant eux les ignorants bergers une lumière qui brille dans les ténèbres. Ils expérimentèrent une nouvelle naissance. Ils ont pris un autre chemin. Les grands prêtres et les théologiens qui connaissent les Écritures et qui enseignent la venue d’un puissant sauveur du peuple ne bougent pas, ne se déplacent pas pour l’adorer, pour se prosterner devant lui. Comme Hérode, ils n’adoraient qu’eux-mêmes.
Étonnement admiratif, chercher Jésus, c’est risquer de le découvrir dans un lieu non digne d’un roi, dans nos enfers, dit le Credo, un lieu de ténèbres qui annoncent l’astre lumineux qui se lève. Dieu se trouve quand il fait noir. Ils virent se lever une lumière. Madeleine Delbrêl, cette femme qui a passé sa vie à redonner espoir aux gens de la rue, aux gens qui vivaient dans le noir et la saleté des rues, des sans-logis, écrit d’expérience : nous autres, gens de la rue, nous croyons que Dieu nous attend au tournant de la rue.
Matthieu nous offre une catéchèse sur qui est Jésus et où le trouver. Il est épiphanie de lumière qui se trouve quand il fait noir dans les cœurs ; Parole qui se fait entendre ; Chair qui se fait voir pour que nous devenions éternels (Préface). Étourdissant ! Dans les très beaux mots d’un poète Kazil Nazrul Islam (1), les Mages ont arraché la lumière hors du ventre de l’obscurité . Cet enfant, épiphanie de bonheur, mérite bien l’or, l’encens et la myrrhe.
La Parole éternelle, le Verbe de Dieu s’est fait voix humaine, capable de nous interpeller et de nous émouvoir sur notre propre terrain. Je suis venu appeler, non pas les justes, mais les pécheurs (Mc 2, 17). La prochaine encyclique, annoncée du pape Léon X1V, dit que cet enfant adorable et à adorer est magnifique humanité.
Il ne suffit pas de savoir cela. Sans sortir de nous-mêmes, sans rencontrer, sans adorer, nous ne connaitrons jamais, n’expérimenterons jamais la beauté de ce Dieu, fait visible, devant qui les Mages se sont agenouillés et qui trouble les Hérode de tous les temps.
Ce récit de Matthieu nous pose des questions décisives : devant qui nous agenouillons-nous ? Comment s’appelle le « dieu » que nous adorons au plus profond de notre être ? Nous nous disons chrétiens, mais vi-vons-nous en adorant l’Enfant de Bethléem ? Mettons-nous à ses pieds nos richesses et notre bien-être ? Sommes-nous prêts à écouter son appel à entrer dans son royaume de justice ?
Je nous souhaite la sagesse non du bien ou du mal, mais cette sagesse de découvrir comme les Mages que l’étoile de nos vies se trouve au milieu de nos enfers. Il descendit aux enfers…pour nous monter au ciel. Amen.

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