2026-A - Dimanche de la Trinité- Un Dieu désarmé
Année A : Trinité 2026
Jn 3, 16-18 : Un Dieu désarmé.
Je vous offre ce matin un mot qui exprime le mieux ce que j’éprouve devant cette fête : murmure. Non dans le sens de bougonner, de grogner, de parler dans le dos de quelqu’un, mais dans le noble sens d’entendre un bruissement léger, un bruit d’un fin silence (1 Roi 19, 1-18). Le vent murmure un souffle léger.
Dieu me murmure à l’oreille son identité. Aucun mot n’est aussi mutilé. Dieu est un mot « conflit ». Jésus était "Conflit" (Gérard Bessière). Dieu n’est rien de ce que l’on peut dire de lui. Chaque semaine je balbu-tie quelque chose de ce je suis. Mes réflexions rapetissent Dieu. Comme Marie, chaque semaine je dis « fiat » sans connaître à qui je le dis. Je ne peux jamais saisir l’océan insondable qu’est Dieu (Maître Eckhart).
À l’oreille, Dieu me murmure une mission, celle de désinfecter mes images de Dieu, mes fausses représen-tations qui proviennent de la question du catéchisme de mon enfance, qu’est-ce que Dieu. Dieu me mur-mure quelque chose comme une révolution. Il ne juge personne, n’écrase personne, ne menace personne de mort éternelle. Il me chuchote qu’il est ce quelqu’un désarmé (Maurice Zundel) de toute-puissance, de tout désir de domination, de contrôle de ma vie.
Renversement complet de perspective. Fameuse nouvelle : Dieu a envoyé son fils qui n’est que relation d’amour avec tout le monde. Plutôt que d’arracher l’ivraie, il bouleverse l’ordre millénaire en s’assoyant à leur table. Il refuse de considérer ses propres intérêts, sa propre vie (Phi 2, 4). Jésus a vaincu le monde de son temps par sa compassion et son amour envers tous. Il n’est que relation d’amour. Le suivre exige d’avoir la passion de sa manière désarmée de vivre.
La Trinité m’invite à ne pas être un architecte de Babel cherchant à m’élever au ciel pour tout dominer jusqu’à pour prendre la place de Dieu, mais à devenir un bâtisseur d’une société nouvelle, sans haine, d’une écologie de communion par l’abaissement. C’est le chemin que vient de proposer Léon X1V dans son encyclique magnifique humanité. Passer de la gloire personnelle de devenir tout-puissant que le pape identifie au transhumanisme, cette tendance à considérer la limite comme un défaut pour accepter que l’humain s’épanouit dans la limite (#118), dans une vie de relation d’amour à la manière de la Trinité. Vivre ce chemin c’est entendre Dieu me chuchoter une promotion : je ferai ma demeure chez toi.
Cette fête me pose une question : suis-je émerveillé du Dieu qui me murmure qu’il n’est que relation d’amitié avec moi ? Suis-je en mesure d’entendre ce murmure au milieu de tant de rumeurs sur Dieu ?
Je n’ai pas mission de « parler » d’un Dieu en relation d’amour, mais de le montrer par ma vie. Un croyant est celui qui ne se contente pas de parler de Dieu, de l’enseigner, d’en connaître tous les dogmes l’enfermant dans des mots souvent incompréhensibles. Sa vie montre qu’il expérimente et accueille même l’ivraie, souvent associé aux migrants, aux étrangers de nos villes. C’est beau d’enseigner Dieu, c’est divin d’en vivre. François d’Assise répétait souvent à ses frères : prêchez l’Évangile et, si c’était nécessaire, aussi par les paroles. Prêchez par la vie : le témoignage.
Cette fête me désarme de ma tendance à ne voir et ne prioriser que moi. En Dieu il n’y a aucune adhérence à soi parce qu’en Dieu, le moi est un élan vers l’autre, parce que Dieu n’est que don. Le Père n'est pas le Fils, le Fils n'est pas le Père, l'Esprit est l’esprit de l'un et de l'autre (Augustin). Dieu est Dieu parce qu’il n’a rien, parce qu’il a lâché la bride du pouvoir […]. Il n’y a rien d’autre en lui que l’amour. Il ne peut nous toucher que par son amour, comme nous ne pouvons le rejoindre que par notre amour (Maurice Zundel). À lui, louange et gloire éternellement. AMEN.
