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Intervention de Mgr Simard au Synode

Date: 
Mercredi, 28 octobre, 2015 - 13:30

Mgr Noël Simard nous présente ici son intervention lors du Synode qui a eu lieu du 4 au 25 octobre 2015. Au programme, il y a eu trois semaines d’assemblée synodale qui se sont déroulées en reprenant les trois parties de l’«Instrumentum laboris », le document de travail du synode dévoilé en juin 2015. 

 

[Crédit photo: TVSel + Lumière ]

 

Réponse à l’Instrumentum Laboris, 122

 

Titre : L’intégration des personnes divorcées remariées :
la voie d’un chemin de discernement

 

La question de l’intégration des personnes divorcées remariées et celle de leur accès aux sacrements demeurent des points litigieux dans notre Église.  Je voudrais proposer la solution d’un chemin de discernement. 

 

1.         UNE PROPOSITION : OUVRIR UN CHEMIN DE DISCERNEMENT

L’accès aux  sacrements de pénitence et d’eucharistie exige-t-il une parfaite coïncidence entre l’agir et la moralité objective? Le sacrement n’a-t-il pas été institué pour l’homo viator que nous sommes tous, pour le pécheur en quête de pureté et non pour un pur qui n’en a pas besoin? Y aurait-il place à un cheminement dont l’eucharistie serait le viatique?

 

On pourrait penser à offrir aux  divorcés remariés un temps de discernement bien structuré qui les aiderait à prendre conscience des enjeux de leur situation, des exigences de la morale, des possibilités d’un appel à la continence, au fond,  former leur conscience. Au terme, la personne jugerait en conscience de la conduite à tenir et, avec l’accord d’un accompagnateur, la personne pourrait éventuellement  accéder au pardon du Seigneur et à la table eucharistique.

 

Voici les raisons qui motivent cette proposition :

 

2.         UNE QUESTION PASTORALE

On fonde habituellement l’impossibilité d’accueillir les divorcés remariés  aux sacrements parce qu’ils vivent dans une situation au moins matérielle ou objective de péché. Cette situation peut-elle à elle seule déterminer l’attitude pastorale qu’il convient d’adopter dans des cas particuliers? Peut-on équiparer situation objective  de péché et situation subjective  de péché? N’y aurait-t-il pas un autre critère à prendre en compte qui  permette de passer du plan doctrinal au plan pastoral? Oui et c’est la conscience. 

3.         UNE NORME D’ACTION CONTRÈTE : LA CONSCIENCE DROITE.

C’est un principe fondamental de la morale, que le sujet agissant se qualifie moralement non pas en rapport avec la loi morale objectivement considérée, mais en rapport avec la loi telle que la lui présente une conscience dûment informée. La règle immédiate et subjective de la moralité, c’est la conscience droite, c’est-à-dire, la conscience qui s’efforce d’être vraie. 

 

4.         UNE NÉCESSITÉ DE DISCERNEMENT.

Lorsqu’on doit se prononcer sur la validité du mariage, on est très attentif à discerner le contenu réel de l’engagement matrimonial initial. Il faudrait se montrer aussi attentif à faire la vérité sur la situation vécue par une personne divorcée remariée qui veut accéder aux sacrements, et pour cela, prendre en compte son jugement de conscience.

 

5.         UNE POSSIBILITÉ DE CONSCIENCE ERRONÉE QUI SOIT DROITE.

Dans le contexte actuel d’une société séculière et pluraliste où l’enseignement de l’Église est en butte à beaucoup de contradictions, il arrive que des croyants sincères adoptent de bonne foi des comportements  non conformes à la morale, marqués qu’ils sont par l’ethos qui les enveloppe. À l’intérieur d’une contradiction objective liée à son état de vie, il est possible qu’une personne divorcée vive un rapport positif à la volonté du Seigneur parce qu’en toute honnêteté elle suit le jugement de sa conscience qui lui dit, par exemple, devoir mener une vie conjugale normale dans une deuxième union qui, pour différentes raisons, s’impose à elle.  Elle ne s’érige pas arbitrairement comme juge de la situation, mais en tenant compte de ses capacités et de celles de son conjoint, elle prend en considération les exigences concrètes de sa vie de couple.

 

 

[Ce chemin de discernement a le mérite, nous semble-t-il, d’éviter à la fois le « fixisme » et le juridisme ainsi que le relativisme]