2025-C-Jn 7, 40-53 : samedi de la 4e semaine CARÊME - homme pour les autres.
Année -C- samedi de la 4e semaine du CARÊME (litcc04s.25)
Jn 7, 40-53 : l’homme pour les autres
Tout le chapitre 7 de Jean pose la question de qui est Jésus. Prophète, obscur Galiléen, fils de David, imposteur, séducteur ? C'est aujourd'hui encore la question qui taraude les coeurs. La discussion sur l'identité de Jésus est redoutable. Pour vous qui suis-je ? Est-il un sage dont l'exemple m'intéresse ? Est-il un docteur dont la parole m'enchante ? Que pourrais-je me répondre si l'on me dit qu'il n'est qu'un beau parleur ? Personne n’a parlé comme lui.
Le comble c'est qu'au terme de la discussion, ils rentrèrent chacun chez soi. C'est-à-dire sans conclure, chacun restant sur son quant-à-soi, sans être vraiment entrés en dialogue, sans s'écouter les uns les autres. Chacun est resté sur sa position, sans ouverture : les uns poursuivant leur raisonnement pour faire taire ce Jésus, les autres indécis. Nicodème est le seul à poursuivre son chemin d'adhésion encore obscur. Il est le fidèle inattendu, au milieu d'une société hostile.
Le site Aleteia présente tout au long de ce carême l’itinéraire de gens qui seront baptisés dans la nuit de Pâques. Ils parlent tous différemment de Jésus. Une même chose les rejoint et qui a changé leur vie. Jésus est l’homme pour les autres. Son altruisme questionne leur propre souci des autres. Ils ont compris que la foi tient dans cette expression : jamais l’un sans l’autre. Jamais Dieu sans l’homme, jamais l’homme sans Dieu. Pour ces jeunes dans la trentaine, Dieu se met, écrit l’un d’eux, à la hauteur de l’humanité. Il s’est abaissé. Jésus n’est pas seulement bon, il est beau dans son engagement pour les autres. Sa beauté se voit dans son souci des autres.
C’est cette beauté de mener une vie sans autoréférentielle, sans l’hypertrophie de l’ego, sans toujours avoir son « je » (l’égocentrisme) comme référence ou de rechercher son propre intérêt (l’égoïsme) qui fascine ces nouveaux baptisés. Il est venu sans manteau de rechange, sans sandales, sans argent nous faire comprendre qu’en nous il y a une part de la beauté divine. Voilà sa délicatesse. Voilà aussi ce qui a conduit Jésus à la mort. Oscar Romero et tant d’autres au martyr.
En refusant d'être à la hauteur de ce qui est considéré comme honorable, il ne s’est pas fait beaucoup d’amis. En réponse à son ignorance des codes de pureté, à son irrespect pour une forme de pratique cultuelle que Jésus perçoit comme hypocrite, les leaders religieux ont décidé de le tuer, lui qui n’a cessé de dire la paix soit avec vous, lui qui est venu planter sa tente parmi nous, dit saint Jean, pour restaurer la dignité humaine, celle où le fort ne vaut pas plus que le faible (Anna Soupa).
La liturgie nous présentera ces prochains jours l’amour en action, son immense hospitalité. Il a accueilli l’étranger, rejeté la discrimination sociale, l’injustice économique. Jésus s’applique le commandement qu’il nous a laissé. Il montre ce qu’est la charité à l’état pur, celle qui ne recherche pas son intérêt (1 Co 13,5). Il n’est pas venu se faire adorer comme une idole. Il n’est pas venu exercer un pouvoir à la place de l’Empereur. Il est venu nous montrer l’immensité de son hospitalité. Même les pas corrects retrouvaient de la dignité près de lui.
Ce qui a paralysé les gardes envoyés par arrêter Jésus, c’est qu’ils ne pouvaient pas oubliés ce que leurs yeux ont vu, ce que leurs oreilles ont entendu (Dt 4, 9). Ils ne voyaient pas Jésus comme une menace, comme une limite, comme une loi, comme un despotisme rapide à condamner (Maurice Zundel). Ils furent foudroyés par une Présence qui les a touchés au plus profond d’eux-mêmes, une Présence qui ne s’impose pas, une Présence qui nous aime et appelle à nous aimer les uns les autres (Jn 13, 34).
La croix de Jésus, sa condamnation est le signe de son immense compassion et de l’hospitalité de son cœur. Jésus a passé sa vie aux côtés des marginalisés et des personnes au bas des hiérarchies de la société, aux côtés des diabolisés jusqu’à ce que la diabolisation cesse. Jésus dérangeait tellement qu’on cherchait à le tuer.
Cet abaissement, Gustavo Gutierrez (1928-2024) en parle comme le chemin de libération, chemin de folie pour les uns, voie de salut pour d’autres (1 Cor 1, 18). La compassion est devenue la Parole fait chair. Question : ai-je commencé à aimer comme Jésus ? Quiconque dit qu'il aime Dieu et déteste son frère ou sa sœur, est un menteur (1 Jn 4, 20).