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Les bibles de l’abbé Abran

Date: 
Lundi, 23 avril, 2018 - 14:45

 

Les Bibles de l’abbé Abran

[Nous reproduisons ici,  avec l'aimable autorisation de M. Robert Loranger, le texte "Les Bibles de l'abbé Abran" paru dans Au fil du temps, Vol. 27  no 1, printemps 2018, revue de la Société d’histoire et de généalogie de Salaberry.] 

 

Le lundi 25 décembre 2017, le jour de Noël, Christian Latreille le correspondant de Radio-Canada à Washington publiait un reportage sur un musée de la Bible dans la capitale américaine. On parle d’un musée de 500 millions de dollars financé par la famille Green de l’Oklahoma.  Le Musée présente différents aspects  de la Bible, on y voit même des scènes de l’Hôtel-Dieu de Québec un modèle de compassion biblique.

Le musée de la Bible est un  édifice incomparable et Tony Zeiss le directeur du Musée affirme : « Nous voulons que les gens disent : « Wow c’est le musée le plus incroyable que j’aie vu! » Nous souhaitons aussi qu’ils ressortent d’ici avec le goût d’en apprendre plus ».

C’est une coïncidence étonnante de voir l’importance que ces américains accordent au livre le plus connu, alors que chez nous  l’abbé Yves Abran commence à penser à l’avenir  de sa fameuse collection de plus de 500 Bibles amassées depuis plus de 50 ans. Il aimerait bien trouver parmi nous de tels mécènes.

L’abbé conserve actuellement sa  Collection à son logement de la rue O’keefe à Salaberry-de-Valleyfield on peut la voir sur la photo qui accompagne ce texte. Il souhaiterait la mettre  en valeur et l’exposer pour que le grand public puisse l’admirer et « avoir le goût d’en apprendre plus » eux aussi.  Dans ce texte nous verrons donc en quoi consiste cette collection, quelle est sa valeur, comment elle s’est constituée et quel projet permettrait de réaliser le rêve  de Galerie biblique de l’abbé Abran.

 

Sa collection

Elle  est divisée en treize catégories  qui  en définissent les différents aspects, nous les décrivons, ici, très brièvement.

Parmi  ces 500 Bibles on trouve des Bibles pour les jeunes, comme la Bible d’une grand’mère par la Comtesse de Ségur, La Bible en bandes dessinées de Larousse… Des Bibles de la liturgie avec commentaires et illustrations qui permettent de transmettre leurs enseignements lors des homélies ou la liturgie... Des Bibles encyclopédiques dont le chef d’œuvre du Juif André Chouraqui L’univers de la Bible, 10 tomes munis de commentaires judaïques chrétiens et islamiques… Des Bibles de diverses religions La Nouvelle Bible Segond, Édition étude parue en 2002, La Bible des témoins de Jéhovah, le Livre des Mormons, Le Coran…

Des Bibles partielles dont La Bible par Sélection du Reader’s Digest ouvrage assorti d’une magnifique reliure avec de nombreuses illustrations en couleurs… Des Bibles de Jérusalem… Des Bibles TOB (Traduction Œcuménique de la Bible)… Des Bibles du XXe siècle éditées avant  La Bible de Jérusalem et les TOB et qui ne sont plus éditées aujourd’hui… Des Bibles en français courant dans  le langage de tous les jours avec des phrases courtes et  un vocabulaire simple…

Des Bibles Gadget : pendentif, sacoche petits pains, poche de jeans, canette de 7up, etc.  Des Bibles de salon ou Bibles familiales conçues pour être laissées sur la table du salon à l’apparence parfois luxueuse… Des Bibles en langues étrangère… Des Bibles illustrées par des artistes célèbres : Rembrandt, Gustave Doré, Edy Legrand, Marc Chagal, Salvador Dali et des fac-similés de la Bible de Luther et la Bible en images des ateliers de Lucas Cranach.

On peut lire une description plus détaillée  de toutes les Bibles de la collection dans le document  de MM Forgues, Legault et Abran  disponible sur le site web de la SHGS.  On y parle de L’Exode, La Septante, de la Peshitto et autres Bibles rares dont nous escamotons ici la description. http://www.shgs.suroit.com/

La valeur de sa collection

De 2009 à 2017, la collection a été évaluée progressivement par l’évaluateur professionnel François Côté de Laval (Québec). Selon lui la collection  vaudrait près de 54 275$. Les étagères, socles et lutrins, les affiches fabriquées par L’Imageur de la rue Jacques-Cartier à Salaberry-de-Valleyfield vaudraient 18 366$ pour un grand total de 72 641$.

 

Historique de la collection

L’abbé Abran raconte comment s’est montée sa collection de Bibles :

« Mon intérêt pour la Bible commence pendant l'année scolaire 1946-1947. Adolescent, je suis étudiant au Séminaire de Valleyfield. Mon professeur de religion, l'abbé Lucien Beauchamp, nous fait découvrir le livre Les Actes des Apôtres dans Le Nouveau Testament de Notre-Seigneur Jésus-Christ, du chanoine Crampon. La même année, mon professeur d'art, le peintre-graveur Albert Dumouchel, me fait découvrir le Livre d'Ézéchiel à travers une de ses peintures qu'il se prépare à exposer et qui illustre une des spectaculaires visions du Prophète. Or pendant mes vacances d'été, je décide de peindre la vision de saint Pierre à Joppé (aujourd'hui Jaffa) Ac 10, 9-16 tout comme Dumouchel a peint la résurrection des ossements desséchés Ez 37, 1-15. Mon intérêt pour la Bible se développe ensuite pendant mes études théologiques au Grand Séminaire de Montréal, de 1952 à 1956, où deux spécialistes parmi les meilleurs me font redécouvrir la Bible: Georges Bulteau et Jacques Ménard. C'était l'époque du renouveau biblique avec la parution de la Bible de Jérusalem et la multiplication des éditions de la Bible en langage courant, promue par les diverses Sociétés bibliques à travers le monde. Mon intérêt pour la Bible se concrétise alors par l'achat de nouvelles éditions à mesure qu'elles envahissent le marché. Question simplement de me tenir au courant des progrès en ce domaine.

Fin des années 1960,  je suis alors Directeur adjoint de l'Office diocésain d'éducation notre évêque me nomme Délégué du diocèse de Valleyfield à la Société Catholique de la Bible (SOCABI). Mes contacts avec des nouveaux collègues spécialisés confirment définitivement mon intérêt pour la Bible et m'ouvrent de nouvelles portes sur « le marché de la Bible ». C'est alors que je prends conscience que je suis en train de devenir collectionneur de Bibles, un peu malgré moi. D'autant plus que des parents, des collègues et des institutions l'ayant su, me donnent des spécimens anciens dont ils ne savent trop que faire.

Par ailleurs, mes fonctions m'obligent à répondre à des demandes de la part de paroisses, d'écoles et de Commissions scolaires pour des cours d'initiation à la Bible. Avec leur collaboration, j'organise donc des cours et je les complète par des expositions éducatives basées sur ma collection grandissante. Expositions ouvertes au public. Ainsi, au fil des décennies, ce fut 5 grandes expositions: en 1981 au Musée Régional de Vaudreuil-Soulanges, en 1992 au sous-sol de la Cathédrale de Valleyfield, en 2000 au Musée des Deux-Rives de Valleyfield, en 2001-2002 au Musée de la Cathédrale de Valleyfield, et en 2014 à la Cathédrale de Longueuil. Et cela sans compter plusieurs petites expositions ici et là dans notre diocèse et ses environs: Montréal et Ottawa. »

 

Que faire avec cette collection unique?

Le document de MM Forgues, Legault et Yves Abran  explique comment l’abbé espérait ouvrir une Galerie biblique au Musée de la Basilique-cathédrale de Valleyfield. Nous en reproduisons ici quelques passages avec la permission  de l’abbé Yves Abran lui-même.

« Depuis une dizaine d’années, j’ai exploré plusieurs pistes en vue d’une donation de ma Collection, soit de mon vivant, soit par testament. Ces pistes concernent soit des institutions religieuses, soit des musées, soit des universités (Ottawa). Je les ai explorées la plupart du temps avec la précieuse collaboration de M. Yvon Forgues, vu sa remarquable expérience dans le domaine des musées et dans le domaine biblique (Directeur général de SOCABI 2005-2010).[…]

Ces différentes recherches m’ont amené à explorer une nouvelle piste : donner ma collection à la Fabrique Sainte-Cécile, propriétaire de la Basilique-cathédrale de Valleyfield.[…]

Voici comment j’ai procédé en résumé : le 24 octobre 2016, à la réunion des marguilliers, après une brève présentation de mon projet de donation, ils se sont dits heureux de l’accepter et de la placer dans la passerelle qui unit la cathédrale et l’évêché. Les raisons qui motivent mon choix sont les suivantes :

a) Valleyfield plutôt qu'Ottawa? J'habite Valleyfield ou les environs depuis 60
ans!

b) j'y ai enseigné, organisé des sessions et des expositions, et assumé des
fonctions pastorales

c) la Basilique-cathédrale de Valleyfield est actuellement en pleine période de
restauration. Ce qui implique, à moyen terme, l'aménagement et l'organisation d'un
vrai musée, c'est-à-dire locaux appropriés, heures d'ouverture, personnel attitré
(bénévole ou autre), budget d'entretien, assurances, etc.

d) depuis l'automne 2016, la basilique cathédrale a un nouveau curé plus jeune et
qui connaît la Collection: l'abbé Normand Bergeron, de surcroît membre du
Collège des consulteurs du Diocèse

e) l'ingénieur Marcel Legault, membre du Conseil pour les affaires économique du
Diocèse connaît la Collection et est l'un de mes principaux appuis en ce qui
concerne son avenir

f) la collaboration entre la Fabrique Sainte-Cécile et le Musée de société des Deux-
Rives n'est plus à inventer, elle existe déjà et, selon le Curé et la Directrice du
Musée, elle s'amplifiera avec la présence de la Collection. Et ce, au bénéfice des
deux organismes, ainsi que de la Paroisse et de la Ville.

En somme, un ensemble de conditions favorables sont réunies en faveur de la
Fabrique Sainte-Cécile comme donataire de ma Collection. Cela implique évidemment
la nécessité pour moi de bien informer les instances concernées: les autorités
diocésaines, la Fabrique, le curé, mes collaborateurs, mes mandataires et la Direction
du Collège universitaire dominicain d'Ottawa.

Signalons en terminant qu'après entente avec M. le Curé, j'ai commencé, depuis quelques
mois, une campagne de souscription auprès des gens de mes réseaux, pour défrayer
les coûts (environ 20 000$) de l'aménagement de la Galerie biblique: mur, porte,
peinture, etc. Et maintenant environ plus de 15 000$ sont déjà entrés à l'ordre de la Fabrique
paroisse Sainte-Cécile. De plus j'ai assuré la Fabrique que j'ajouterais personnellement
un don de 4 000$ si nécessaire. Enfin, vu l'aspect patrimonial du projet, des
subventions pourraient être obtenues, semble-t-il, de la part des municipalités et du
gouvernement; des démarches sont déjà en cours à ce sujet. »

 

Suite à une entente survenue avec la Fabrique, les amoureux du patrimoine, parmi vous, peuvent faire un  don en faisant un chèque au nom de « La fabrique de l’église Sainte-Cécile » et  mentionner sur le chèque que c’est pour la Galerie biblique. Appelez  M. l’abbé Yves Abran à 450 377-3453 poste 354 pour plus d’information. 

Espérons qu’on pourra voir se réaliser bientôt ce projet spécial qui permettra de garder  chez nous une collection unique d’exemplaires du livre le plus connu.

Travail de Messieurs Yvon Forgues, Marcel D. Legault et de l’abbé Yves Abran. Avec la collaboration de Robert Loranger, membre de la SHGS.