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Dimanche des Rameaux

Date: 
Lundi, 26 mars, 2018 - 10:15

Vraiment cet homme était Fils de Dieu!

 

 

Aigre-douce, c’est le terme qu’on pourrait employer pour qualifier notre célébration, qui a une saveur à la fois douce et amère, joyeuse et douloureuse. En effet, nous célébrons Jésus qui entre à Jérusalem acclamé comme un roi, un roi qui sera accusé, jugé, condamné et mis à mort. Et dans le récit de la Passion de Marc que nous venons d’entendre, ce qui frappe, c’est la solitude de plus en plus lourde dans laquelle s’enfonce Jésus. Dans son agonie, ses trois amis, Pierre, Jacques et Jean, se réfugient dans le sommeil au lieu de veiller avec Lui. Lors de son arrestation, les Onze prennent la fuite et Pierre le renie. Sur la croix enfin, Jésus lance à son Père ce cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? ». Mais ne faisant qu’un avec son Père et fidèle à sa mission, il ajoute : « Non pas ce que je veux mais ce que tu veux ».

 

Devant ce déferlement de péché, péché qui conduit les scribes et les pharisiens à la haine, Pilate et la foule à la peur, les disciples au sommeil et à la fuite, Pierre au reniement, Jésus reste fidèle à son amour infini pour le Père et à sa passion d’amour pour l’humanité. Il vit sa mort comme il a vécu sa vie, totalement donnée par amour. S’il éprouve l’angoisse – aspect dramatique mis en relief par saint Marc - c’est que  Jésus s’est fait réellement l’un de nous, avec tout ce que la vie apporte d’angoisses et de misère. Le Christ crucifié s’identifie à toutes nos souffrances, aux souffrances de ceux et celles qui meurent à cause des rejets, des famines, des discriminations, des guerres, de la pauvreté…

 

Sur le chemin de la croix, Jésus n’en peut plus; on « réquisitionne » alors Simon de Cyrène qui revient des champs pour porter la croix avec Lui. Le mot est fort et signifie que Simon n’a pas choisi. Mais combien de personnes sont comme lui réquisitionnées par la nature (handicap de naissance, maladie, etc.), ou par l’épreuve qu’elles n’ont pas choisie… Ces personnes aussi ont besoin d’aide, elles comptent sur notre accompagnement et notre soutien. En un sens, nous sommes tous réquisitionnés pour porter les souffrances les uns des autres et être témoins de la compassion de Dieu, tel que Marie au pied de la croix.

 

Dans son message pour la 33ième journée mondiale de la jeunesse, le pape François invite les jeunes à écouter avec Marie la voix de Dieu, voix qui apporte courage et qui donne la grâce de répondre à son appel : « Sois sans crainte, Marie, tu as trouvé grâce auprès de Dieu ». Comme le rappelle le pape, souvent l’obstacle à la foi n’est pas l’incrédulité mais la peur. Voilà pourquoi il invite les jeunes à identifier, bien sûr, leurs peurs et à les surmonter par un acte de foi en Dieu et en la vie.

 

A tous et toutes il est demandé de reconnaître la présence et l’amour de Jésus, lui, le Fils de Dieu qui a vaincu la mort. C’est là tout un défi dans une société moderne marqué de plus en plus par une indifférence à Dieu, une absence d’intérêt pour sa Parole et un vide spirituel. Oserons-nous témoigner de Jésus devant cette indifférence ou ce rejet? Oserons-nous étendre le vêtement de notre vie pour lui rendre hommage? Oserons-nous marcher avec Lui lorsqu’encore aujourd’hui, à travers tant de frères et de sœurs persécutés et défigurés, on lui enlève ses vêtements, on le couvre de blessures, de ridicule ou d’injures?

 

Ou alors, comme Pilate, nous laverons-nous les mains devant les situations de misère et de détresse que nous côtoyons? Oserons-nous affirmer avec conviction et audace comme le centurion : « Vraiment cet homme est Fils de Dieu »? Jésus ne nous demande pas de le contempler uniquement dans les tableaux ou sur les photographies, ou bien encore dans les vidéos qui circulent dans les réseaux sociaux; il demande à être regardé, reconnu et aimé en tous ceux et celles qui sont oubliés, trompés, violés dans leur dignité ou rejetés.

 

Nous allons rentrer chez nous avec un rameau béni. Qu’il nous rappelle, comme le mot Hosanna le signifie, que oui, hourra! Jésus est notre salut. Il vient à notre aide, il est notre salut. Qu’il nous rappelle notre mission de marcher avec Jésus, de porter la croix avec Lui et d’étendre le vêtement de notre vie sur sa route. Il compte sur nous comme notre catéchumène compte sur nous pour grandir dans la foi et témoigner de l’Évangile!

 

AMEN!

 

† Noël Simard, évêque de Valleyfield